SISYPHE, TITIEN, CAMUS ET MOI - BORDEAUX 2017

L'Institut Culturel Bernard Magrez est un espace culturel de diffusion, de rencontre, d'échange et de création. Le Grand Prix Bernard Magrez a été créé en 2016 à l'occasion des cinq ans de l'Institut. La Sagesse, le Grand Prix se penche en 2017 sur un des grands leitmotivs de Bernard Magrez : Jamais Renoncer ou Never Give Up grâce à l'ouverture cette année aux candidatures internationales.

Sisyphe, Titien, Camus et moi

Le mythe : Homère, dans son Iliade, fait de Sisyphe le fils d'Éole. Roi de Corinthe, homme riche et puissant, Sisyphe est l'incarnation de la démesure, attitude blâmable dans la pensée grecque car elle revient à défier le destin. Après une vie d'excès, il refuse la mort. Zeus, alerté de la supercherie, précipite Sisyphe aux enfers et le condamne à pousser éternellement un rocher qui dévale sans cesse en bas de la colline une fois le sommet atteint !

Une série de 4 tableaux pour 4 histoires mythologiques avait été commandée au Titien en 1548 par la sœur de Charles Quint alors régente des Pays Bas. Transportés en Espagne 2 ans plus tard, ils furent victimes du fameux incendie du Palais Royal de Madrid en 1734. Deux d'entre eux, dont Sisyphe, purent être restaurés et se trouvent aujourd'hui au Prado. Le sujet de ce quatuor est tiré des Métamorphoses d'Ovide IV, 455-461 Les Enfers. Le Titien a interprété cette séquence d'Ovide, long poème épique latin de 15 livres qui met en scène des centaines de fables depuis le Chaos originel jusqu'à l'apothéose d'Auguste César. Plus contemporain, le Mythe de Sisyphe, essai d'Albert Camus fait partie du "cycle de l'absurde". Selon Camus, Sisyphe se réconcilie avec le monde tel qu'il est. Jamais Renoncer, cette acceptation ouvre la voie à son corollaire : la Révolte ! La grandeur de l'homme réside ainsi plutôt dans sa révolte contre le destin absurde. L'homme peut être heureux de l'effort qu'il accomplit, cela témoigne de sa résolution à ne pas renoncer. L'œuvre sur laquelle porte mes recherches est une peinture au format 100x80cm. Les moyens plastiques convoqués «racontent» le métier de la peinture et du dessin. Le support de la toile de lin, est préparé par mes soins. Il y a tout d'abord les étapes de l'encollage, de la pigmentation et du marouflage de fins papiers japonais sur la toile. Puis vient le moment de la composition graphique grâce aux dessins, au document iconographique extrait du tableau du Titien et enfin les parties textuelles empruntées au texte de Camus.

L'essentiel du dispositif plastique consiste à réaliser un dessin et|ou écriture originel(le)- matriciel(le) présenté face à la toile puis par un procédé d'encre et de capillarité ce dernier est reporté, transféré mais à l'envers comme il en serait d'un tirage gravure. Lorsque la composition graphique est ordonnée, les divers éléments plastiques sont "chargés" grâce à la couleur au moyen des pigments, des encres ainsi que de la peinture à l'huile appliquée selon la technique des glacis. Le document iconographique emprunté à l'Histoire de l'Art apparaît à la surface du tableau. Il a été marouflé face à la toile, une fois sec, il est humidifié au dos pour "depéliculler" le verso afin de laisser apparaitre le recto collé au support, perceptible alors lui aussi à l'envers. L'œuvre du Titien est également citée avec mes dessins en lien avec le tableau Sisyphe. "La notion fondamentale de mes recherches et créations traite généralement de la question du corps et de la figure. Mon œuvre rend visible et perceptible des expressions du corps en exhumant des anatomies singulières qui tentent de dénuder irrémédiablement la Figure dans un déchirement par le travail de démembrement du corps, axe principal de mes études doctorales. Dans mes œuvres, la figure humaine perd son enveloppe et se désintègre dans le champ pictural."

Lucile Travert | Lauris 2017

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