MEMEMTO - lucile Travert, Nina Calmon, Thibert Travert

Eglise Haute de Banon

Lucile Travert, présente grâce à une scénographie précise pour le lieu, des Installations à partir de dessins, gravures et peintures. Toutes les réalisations menées pour ce projet témoignent plastiquement la métamorphose de la matière en mémoire : De la nuit des temps, Called back, Memento mori, Prodrome...

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Tempus Temporis...

Sur le parcours de la remémoration, des offrandes pour convoquer cette souvenance, nouent les liens racinaires enfouis au plus profond de notre terre cérébrale. Mandent les temps anciens avec la volonté qu'une nouvelle germination le long des fondations, recueille la résurgence vigoureuse, mette à jour l'itinéraire, remonte le temps...

 

...Subito, sur le verso des tableautins-lattes de parquet, le journal au crayon d'un menuisier de l'époque ; Joachim Martin. A cet instant les créations exposées de Lucile Travert, partagent l'emploi du temps réapproprié, révèlent l'artiste accomplie dans sa pertinence réflexive, brossent l'acte d'une homéostasie picturale. Dès lors organiquement, sans apprêt, émane de la trame linière l'illumination d'une délivrance aboutie ; Mémento !

 

Ainsi l'ouvrage du temps de Lucile Travert, pareil à des pétroglyphes « répons », affleure le travertin dans un credo d'octaves, guide notre abstraite destinée sur la voie d'un vrai renouveau.

 

Le recouvrement allusif primordial submerge l'endroit, les cylindres-axes enroulent le temps vécu, tels des tuyaux d'orgue soufflent le chant de la Terre, rappellent les replis de l'âme ; Called back.

 

La notion fondamentale des recherches et créations de Lucile Travert, traite souvent de la question du corps et de la figure. Son œuvre rend visible et perceptible des expressions du corps en exhumant des anatomies singulières qui tentent de dénuder irrémédiablement la Figure dans un déchirement par le travail de démembrement du corps, axe principal de ses études doctorales.
Dans ses créations, la figure humaine perd son enveloppe et se désintègre dans le champ pictural.
Questionner et réaliser des projets spécifiques au cœur d'édifices emblématiques, Abbaye, Chapelle, Temple, Église, Châteaux mais aussi in-situ dans des espaces urbains ou paysagers, conduit désormais l'essentiel de ses recherches en termes de pertinence et de cohésion artistiques.

 

Chacun sa merveille d'illusions, si Banon est un peu nous l'Église Haute est tellement Notre-Dame. Un espace sans fenêtre vers l'impalpable, est la plus sûre des prisons.

 

L'Église Haute de Banon, nous donne à voir du côté de l'évasion approchant l'immatérialité.

 

Lucile Travert, artiste peintre plasticienne a prié les murs du lieu, de soutenir son témoignage éthéré à la vue des présents.

 

Regardeurs comme inspirés par l'infini, suivent les prodromes dans leur cheminement d'un profond retournement, où se découvrent les papiers aux allusions portées hautes, ici-bas.

 

Invitées à maîtriser l'épaisseur de la surface, ombres peignent les apparitions nuancées, augurées, rappelées, et tissent. De but en blanc les voiles s'impriment d'un mélange de couleurs immémoriales, en précipité de la Nuit des temps.

La complétude d'une œuvre se confond avec le sentiment de finitude de l'artiste, déjà elle ne lui appartient plus quant il croit deviner qu'elle lui survivra. Sachant le temps compté d'un souffle terrestre Lucile Travert, trempe ses mains dans les couleurs du temps pour aussitôt maculer la toile et s'affranchir de cette brévité par une longue trace.

 

Le contraste fort doit dire la ligne qui suivra la courbe, d'une autre qui se brisera. Bleu « outre-ombre » colorise la bobine sans fin du film, L'incommensurable route du Temps. Rouge « outre-sombre » mène le train de vie sur la via ferrata du Mont Souvenir, se perd dans les couloirs du temps lors d'un ultime vertige. Plénitude d'un détachement acquit en toute conscience, maïeutique sans douleur après un questionnement bien senti, Lucile Travert, se souvient… ; Memento mori.

 

A cappella sur la pierre sacrée les écrits d'Empyal, jouent l'air de rien le Mémento mori dans sa peau de peinture, soulignent la brièveté d'une vie nous apprêtant à l'Ars moriendi. L'on se doit d'oublier la mémoire vaine afin de tendre vers un passé intérieur, qui seul peut nous ouvrir le passage aux quatre piliers de la mémoire collective ; « Dans le temps », « Hors du temps », « Tout le temps », « Avec le temps ». En cela les installations de Lucile Travert, dialoguent ; quoi ? L'éternité, c'est la mer allée… Face au miroir du fond des âges qui renvoie à l'impermanence sans tain du vivant, elles interrogent sur l'inexorable quotidienneté et la faim des temps, distraient le corps, accomplissent la courbe d'un espace-temps ; Tempus fugit.

 

AVEC LE TEMPS

Comme l'enfant rit, l'eau coule…

Brasillante, la rivière « cours » d'eau vive. Hors du temps dans son fleuve, elle veloute les reliefs qui la font cascader. Lasse, elle glisse dans son lit, se la coule douce, reflète l'innocence. L'enfant joue, il rit, il chante, il la regarde et se voit. Ils se connaissent depuis si longtemps, elle est en lui qui vient d'elle. Glacé « dès froid », le beau miroir d'ondes devient écran plat numérique, la vie s'en est allée une autre s'est installée. L'enfant ne joue plus, ne rit plus, ne chante plus, il est hagard et ne se voit plus. Vingt mille lieux sous la terre, il extrait les précieux minerais, sans relâche jusqu'à épuisement pour la richesse des grands. Bardé de grenades à la ceinture, cartouchières sur sa frêle poitrine, fusil d'assaut dans le dos, le voilà soldat de l'impossible par la folie des grands. Meurtri dans sa chair, souillé dans son âme, il sera beauté touristique, pour le plaisir des grands. Ses « menottes » feront des miracles de besognes dans la création de magnifiques tapis « faits main », pour le confort des grands... Menus forçats de l'impensable à l'insouciance interdite, ils ne connaîtront que les cris de douleur, que les pleurs de sueur, que les peurs de lueur sans espoir. Le licou de survie a remplacé le cordon de vie. Seule échappatoire, leurs petits nez dans des emballages oniriques aux fonds de liberté surveillée les transportent dans un ailleurs trop rêvé. « Il n'y a pas d'amour heureux » dit le poète, mais il y a des enfants malheureux. Le doux regard d'une maman, la bienveillance d'un père, une table nourrie, une chambre ensoleillée, des jeux si naturels ; il y a des enfants heureux ! Par delà l'horizon, nos pensées traversent mers, océans, passent les montagnes, ondoient vers ce qu'il faut plus que jamais nommer, malgré l'innommable ; des enfants. Aussi loin qu'ils puissent « être » dans ce « monde » nous respirons avec eux, nous souffrons avec eux, nous pleurons avec eux, ces désespérés sont nos Enfants de Cœur. ... et l'eau coule toujours, l'enfant joue, il rit, il chante ; il est Sacré ! Empyal

 

DANS LE TEMPS

Inclination…

Un cœur à quatre temps, elle valse le tourbillon de la vie à mille temps ! C'est dans sa nature. Ronde, en son mouvement elliptique qui la rapproche du brûlant lointain, il lui faut renaître. Toute moussue, à fleur de terre, se fait belle pour une rencontre improbable. Elle est magnifique, il est brillant ; ces deux-là s'aiment. Comment a-t-elle appris qu'il avait rendez-vous avec la Lune ? Maintenant, à chaque renouveau, chante ; il y a, le ciel, le soleil et la mer... Le bleu rival fait son coup d'épate favori : l'arc-en-ciel. Séduite, se pare d'une rivière de rosée aux reflets gemmés. Sidéré, le bel astre rit jaune. A sa danseuse étoile offre une aurore boréale, promettant d'être plus chaleureux l'été venu ; elle fond ! Rêveuse, ça et là, ses pensées fleurissent. Coquette, en fuseaux cela la mincit, négligemment posée sur sa chevelure, une primevère. Tourne, tourne, se dit qu'entre elle et sa lunaire de sœur, c'est le jour et la nuit ! Atmosphère, atmosphère... Empyal

 

HORS DU TEMPS

Elles font jaillir l'océan…

Au début, tout n'était que sons. Le futur a fait le bruit, mais la Terre a toujours aimé le chant ! Des milliards de petits becs, autant de flûtes, tuyaux d'orgues venus de la nuit des temps pour concerts planétaires permanents ; chorals des oiseaux dans le chœur du monde. Vint le cri et le chant sacré était né. Respiration des abysses de l'humanité, gardiennes de nos âmes vagabondes, elles font jaillir l'océan, chantent la vie dans le monde du silence. Caressées par l'immensité, elles portent le fardeau de nos croyances ; les baleines sont sacrées, leur chant ne l'est pas moins. Un monde liquide les accompagne dans leur voyage sans fin, massives ombres des profondeurs inaccessibles. Lors d'une émersion, toujours trop rare, depuis si longtemps elles nous aiment encore et geysériennes, le montrent ; sereines vibrations! Cascatelle de l'instant suspendu, l'eau se fait l'écho de ces belles rondeurs en sirènes, preneuses de plancton. Et si par un effet au bout du harpon, un papillon ? Un Si soit-il ! Empyal

 

TOUT LE TEMPS

Refleurissement…

Ambiance « fais-moi chaud », multitude de petits cercles comme autant d'aréoles. Complètement « givrée », la Perce-neige éclot ses gouttes de lait en dessert de l'hiver. Le froid toussote, prend congé de temps, invite le Camélia à se refaire une prochaine floraison en compagnie de ces dames. Marguerite s'ouvrit, Violetta apparut et Dumas « Verdi ». Une porte se ferme sur un parterre de « Pensées », une autre s'ouvre sur une allée de Lilas qui mène à une nouvelle saison du printemps. Le décor se met en place, des tapis corallins déroulent un sous-bois, un pré, une clairière. La Jacinthe accueille la promeneuse. Elle, cueille le jour, se laisse emporter, s'endort, rêve ; elle a deux fleurs rouges au côté droit. Fidèle depuis toujours à chaque cycle de vie, la Pervenche n'oublie jamais de laisser le papillon choisir son public. Crocus croque le soleil à plein pétales. Blanc de joie, bleu de tendresse, jaune d'inquiétude et d'un violet rassuré, il «safrane» le réveil des oiseaux. Agreste belle ombelle, sauvage Primevère au premier amour vivace d'un soir de fête. Jetée aux pieds de la prima donna, prima vera fait son « coucou ». Impériales, Violettes au parfum d'opérette. Avec son langage, fleur de violette secrètement amoureuse, chante l'opéra et enchante la couleur. Hippocampe dans une mer aux clochettes d'écume, hampe sur une terre aux feuilles d'algues vertes, le Muguet navigue en vallée tous lis dehors, c'est le retour du bonheur. D'arc en ciel en Iris la nouvelle fleure bon. Les voilà ! « Diront d'elles », les bourgeons. Empyal

 

LES PAPYRUS DE LA MER ROUGE

« Jour 25 : l'inspecteur Merer passe la journée avec sa phylé à haler des pierres dans Tourah Sud ; passer la nuit dans Tourah Sud. Jour 26 : l'inspecteur Merer appareille avec sa phylé de Tourah Sud, chargé de pierres, pour Akhet Khoufou ; passer la nuit à Ché Khoufou. Jour 27 : embarquer depuis Ché Khoufou, naviguer vers Akhet Khoufou, chargé de pierres. Jour 28 : appareiller de Akhet Khoufou le matin ; naviguer en remontant le fleuve vers Tourah Sud. » Extrait du journal de Merer.
Elle sera haute de plus de cent quarante six mètres avec deux millions cinq cent milles blocs parmi lesquels, des dalles de granit de soixante trois tonnes montées à soixante mètres de hauteur… en vingt cinq ans ! Comment ont-ils fait ? Pour peut-être enfin percer le secret de la plus pharaonique de toutes, ils restent encore six journaux à décrypter, analyser.
Les carrières de Tourah, au calcaire fin d'un blanc éclatant, fournissent les masses de parement. Quatre bateliers campés sur le pont arrière, manœuvrent le lourd navire. Merer, et son équipe de carriers alimentent les bâtisseurs de pyramides. Au loin, le maître des lieux en son palais royal, contemple sa future montagne Sainte Victoire, outre-tombe.
A quatre mille six cents ans de distance, les lattes du parquet de Joachim Martin couvrent le platelage de l'embarcadère où les « bateaux cousus » sont débarqués, transportés en kit sous forme de planches. Les Papyrus de la Mer Rouge ont parlé, tout est entreposé dans des galeries portuaires creusées à six kilomètres du rivage.
Les siècles ne font rien à l'affaire, les précieux hiéroglyphes invitent à la rencontre des architectes de l'intervalle, qui nous rendent témoins directs de l'immense chantier d'un ouvrage titanesque, dont la maquette est conservée à l'entrée du Grand Louvre.
Plateau de Gizeh, dans le désert égyptien sous l'ardent rayonnement de Râ, un demi-frère du pharaon, le vizir Ankhhaef, assure la direction de la bouleversante tectonique humaine sur un tremblement de temps d'où naîtra, L'horizon de Kheops ; tombeau d'éternité. Empyal

 

 

Feu intense de l'oubli de soi, le chant sacré brûle en tout un chacun. La Passion selon Saint-Jean du Cantor de Leipzig, évoquée dans une recréation de Thibert Travert, fait écho par delà l'horizon.

 

Nina Calmon, réalisatrice inspirée tourne au prisme de son objectif, les effets sur reflet de cette résonance sans frontières qui réverbère la trajectoire naturelle des œuvres en transhumance de Lucile Travert, et s'offre aux regards. Ensemble si singuliers ils transmuent nos corps subtils, une bienheureuse élévation pleine de lendemains qui chantent.

 

Cascatelle de l'instant suspendu l'eau coule dans nos cœurs passionnés, sans différences. Sereines vibrations, le moment est comme union. Apaisé le promeneur pèlerine ses pas au refuge, là-haut en l'Église il voit. Instantanés de vies défilent, corps-textes délinéés en pointe douce niellés de son histoire. Sur l'onde musicale eurythmique de sa remembrance il croît, mais comment tout emmener avec Soi ? Venant, cueille le jour ce tantôt… Mémento !

 

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